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  • Photo du rédacteurEn attendant

Le plein de vide

Dernière mise à jour : 31 janv. 2021

Je me départis de morceaux de moi.

Je le sens dans mon corps que l'empathie, la compassion se compressent,

rétrécissent comme un fruit qui désèche.

J'ai moins de jus.

Plus de place pour autre chose.


Mais en attendant que de nouveaux morceaux poussent,

je me promène trouée.


J'arrive pas à tolérer les bouts de vide en-dedans.

Je pleure les morceaux manquants.

Je m'ennuie d'eux.

Je m'ennuie d'être pleine.


Alors je mange.

Continuellement.


Je fais semblant que je suis pleine de ces morceaux comme avant.

Je remplis le vide et me sens moins en manque.


Comme une "addict".

Je me lève le coeur creux.

Vite, vite, il me faut ma dose.

Je consomme.

Rôtis, confiture, café, cheddar, pommes, arachides, jus, concombres, hummus, carottes, tomates, salades, chips, viande, martini, sauce, mayonnaise, jambon, gomme balloune, poulet, bleuets, raisins, poivrons, avocats, popcorn, poires, olives, macaroni, emmental, poutine, sous-marin, tofu, chou-fleur, coeur de palmiers, crème glacée, vin, saumon...

Sans arrêt.


Évidemment, ça fonctionne de moins en moins.

Le corps plein, je le sens encore, le vide !

Je m'affole.

Je mange plus, rien n'y fait.

Je panique.

Je mange ce qui rassure, rien n'y fait.

Le vide-Le plein. Le vide-Le plein. Le vide-Le plein. Le vide-Le plein. Le vide-Le plein. Le vide-Le plein.

Ça prend toute la place.

Ce combat, cette lutte me prend toute mon attention, mon énergie.

Je suis absorbée, engloutie par ce conflit.

Tout ce qui m'en sors m'impatiente, m'irrite.

Voyez pas que je suis occupée !

J'ai ce problème à régler.

Je dois me sentir pleine à nouveau.

Laissez-moi.

Laissez-moi trouver une solution.


Je me vois addict et je connais la solution.

Je ne dois plus chercher le plein, mais rester dans le vide.

C'est la prémisse de base le problème : je ne peux tolérer le vide.

Comme pour l'espace liminal.

Rester dans le manque, dans l'absence, dans l'attente d'être mieux, dans l'inconfort....


Je dois accueillir le vide et lui laisser toute la place.


Je le sais.

Je sais comment aussi... je dois augmenter ma tolérance au vide.

Tolérer une minute, puis deux, puis quatre, puis six, puis dix, puis douze, puis dix-huit...


Je dois me laisser vide le plus longtemps possible et

quand je suis plus capable, je me remplis.


Je me lève le coeur creux.

Je me jette sur ma trousse de secours pour éviter de me jeter sur les oeufs et le bacon.

J'ai tout le nécessaire à la tolérance dans cette trousse : des crayons, des feuilles, des feutres, de la musique, des pailles à mâcher, des poches de tisane, des souliers de course, du fil et des aiguilles...

J'occupe mes mains, mes pieds ou ma bouche.

Je bois une tisane quand je me sens trembler.


Je retarde le moment où je vais consommer.

C'est l'impulsion, l'intensité du besoin qui doit s'évaporer.


Contrairement à d'autres addicts, la sobriété est impossible.

Je peux pas arrêter de manger.

Mais je retarde.

Je tiens les rênes pour m'éviter d'être avide devant la nourriture.


La moitié de la journée à bientôt passer et j'ai été vide tout ce temps.

Tranquillement, je jette plus sur la trousse de secours, mais je pleure, j'angoisse.

Je laisse ça être.

Ça veut dire que le vide prend sa place

et que je le laisse faire.


Et il arrive.

Le matin où je me lève le coeur tranquille.

Je mange sans être pleine, mais je suis tranquille.


Je me sens pleine de vide, mais plus légère.




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